La propriété locative et les rentiers (vite-fait)

Commençons par une petite définition du sujet : je vais parler d’abord et avant tout (ouais, bon, exclusivement) du fait de vouloir vivre, ou au moins se dégager un revenu qu’on peut compter en SMICs, de la location de propriété(s) immobilière(s).
Je ne veux pas parler des personnes ou de leur caractère moral (même si je considère que ce sont pour la plupart des enfoirés de première catégorie), mais de la position sociale essentiellement parasite occupée par des gens ou des entreprises qui accumulent des propriétés dans le but de générer un profit sur le dos de la précarité et du déséquilibre socio-économique qui existe dans une société capitaliste. Je vais pas me préoccuper des gens qui ont lâché une partie de leurs économies à 60 ans dans un appartement en banlieue dans l’espoir d’avoir une retraite + sympa.

Donc, ici, on va surtout parler des gestionnaires de biens, dont le rôle sur le marché consiste à exploiter leurs possessions immobilières, et/ou à spéculer sur leur valeur. En somme, des rentiers et des investisseurs.

C’est quoi un “bon” propriétaire ? Déjà, ça n’existe pas, c’est comme un “bon” groomer : la position, et la relation qui en découle, ne peuvent pas être bonnes parce qu’elles reposent sur un déséquilibre inhérent à celles-ci, à cause de la menace d’expulsion et donc de privation d’un besoin vital par l’une des deux parties de la relation, et ce de façon unilatérale.
Cependant, on va quand même définir ce que c’est qu’un propriétaire respectant la loi et les usages sociaux en place :

C’est un propriétaire qui demande un loyer raisonnable, entretient le logement, et est cordial et sympa avec ses locataires.
Mais même dans ces conditions, il reste que la relation est déséquilibrée en faveur du propriétaire, du fait de la menace inhérente de violence à l’encontre du locataire : la bonne relation entre les deux partis, la sympathie du propriétaire à l’égard du locataire, dépend du paiement du loyer de ce dernier à ce premier.
Le propriétaire utilisera une partie du loyer pour financer l’entretien du logement, ce qui signifie que c’est le locataire qui paie l’entretien dû par le propriétaire, en + de payer, financièrement et par son temps et son énergie, sa partie de l’entretien quotidien. Le propriétaire n’a rien à débourser, tout vient du locataire, qui paie donc pour les réparations de la propriété d’un autre.

Ensuite on en vient au montant “raisonnable” d’un loyer : ce montant va soit en étant stable, soit en augmentant. Il ne diminue jamais.
D’aucuns avancent l’argument que ce montant est justifié par le coût du remboursement du prêt contracté par le propriétaire pour l’achat du logement mis en location, cependant qui ici a déjà entendu parler d’une diminution du loyer pour cause de fin du remboursement du prêt du bailleur ?
Essentiellement, le loyer est l’exploitation par le bailleur de la non-possession, par le locataire, d’une richesse suffisante pour ne pas être considéré comme un risque par une banque. Cependant, le locataire se retrouve à payer chaque mois une somme + importante que le propriétaire ne rembourse à la banque.

Amusons-nous à prendre un autre point de vue sur la situation :
Pierre demande à Basile de lui prêter une grosse somme d’argent. Basile accepte. Pierre utilise cet argent pour acheter une maison. Louis demande à Pierre s’il peut vivre dans la maison qui a été achetée avec l’argent de Basile. Pierre accepte, mais demande en échange à Louis de lui payer une part majoritaire des mensualités du remboursement du prêt à Basile. Louis accepte.
Après 20 ans, le prêt contracté par Pierre auprès de Basile est remboursé à 70% par les loyers de Louis. Pierre n’a payé qu’une partie minoritaire des mensualités du prêt.
C’est l’argent de Basile qui a servi à acheter le logement, et c’est Louis qui a fourni la majorité de l’argent du remboursement.
Question : à qui appartient le logement, maintenant ?

La réponse, dans notre société actuelle, est évidemment que le logement appartient à Pierre.
Pierre a donc la propriété d’un logement qu’il n’a ni payé, ni utilisé : quelle est la différence avec du vol pur et simple ?
Quelle est la différence entre Pierre, qui vole un logement, et une personne hypothétique faisant du recel après avoir volé des marchandises ?

La différence est malheureusement simple, et ne découle pas d’un argument moral, mais d’un argument légal : l’État, par ses lois qui protègent d’avantage le capital que les personnes, permet ce vol.

Au delà de cette légitimation, l’État encourage l’activité des propriétaires bailleurs en accordant divers avantages à ceux-ci : des prêts à taux zéro, des aides à la rénovation pour faciliter l’exploitation locative, des réductions d’impôts… Et tout ceci vient s’ajouter aux divers avantages systémiques liés à la possession d’une richesse suffisante pour acheter, ou du moins fournir un apport pour un prêt, un ou plusieurs logements pour les exploiter en les louant.

Les locataires se retrouvent donc à ne pas pouvoir accéder à la propriété du logement qu’ils paient et qu’ils utilisent, la seule différence étant que le propriétaire est déjà riche et acquiert un moyen de s’enrichir d’avantage, tandis que le locataire n’a pas les moyens de contracter un prêt auprès d’une banque, et ce alors qu’il paiera chaque mois des frais supérieurs au remboursement du prêt par le propriétaire.
Un besoin vital est transformé en actif spéculatif au profit de la seule classe nantie, bourgeoise puisqu’exploitant financièrement des actifs qu’elle n’utilise pas, tandis que l’on demande aux classes plus précaires de payer la majeure partie des crédits de personnes plus riches. En plus de ce déséquilibre financier, les contrats de location sont souvent restrictifs sur l’usage du logement, restrictions décidées par les propriétaires-bailleurs.
Ces derniers maintiennent également un contrôle sur les locataires, puisqu’ils peuvent décider de ne pas renouveler un bail (le plus souvent d’une durée d’un à trois ans), forçant ainsi les locataires à dépenser leur temps, leur énergie, et leurs ressources financières déjà moindres à la recherche d’un nouveau logement et au déménagement.
Les bailleurs bénéficient également de la capacité à adapter le loyer demandé à la situation financière : des augmentations allant jusqu’à 5% par année sont légales, et ce alors que les propriétaires ayant emprunté peuvent renégocier à leur avantage financier les termes de leur prêt avec les banques.

Les propriétaires n’ayant pas emprunté, ou ceux ayant déjà remboursé l’emprunt, bénéficient pleinement des loyers payés et, si ces loyers évoluent, leur tendance va clairement à l’augmentation et non pas à la baisse, et cette augmentation est globalement supérieure à celle du SMIC, du salaire médian, des minimas sociaux, et des aides pour le logement accordés aux locataires. Avez-vous déjà entendu parler d’un bailleur qui fait baisser le loyer d’un investissement locatif une fois son emprunt remboursé ?

Il n’y a aussi, globalement, pas vraiment d’arguments en faveur d’un bénéfice social de la propriété locative qui ne puissent être réfutés aisément :

  • « Les propriétaires fournissent des logements » : Non, ils possèdent des logements existants et empêchent activement les autres d’y accéder en tant que propriétaires ;
  • « Ils prennent des risques » : L’immobilier est considéré comme un investissement très sûr. Même en cas de baisse du marché, le propriétaire conserve un actif de valeur ;
  • « Le contrat est volontaire » : L’alternative à la location étant généralement le sans-abrisme, le “choix” est fait sous la contrainte ;
  • « Ils gèrent et entretiennent » : Ce travail est minime, souvent sous-traité, et payé par l’argent du loyer.

Ce système est entretenu par les lois : les législateurs étant eux-mêmes le plus souvent riches, ils sont souvent également investisseurs locatifs et bailleurs. Cela crée un biais, qui devrait sans doute être considéré comme un conflit d’intérêts, qui vient influer sur les lois proposées et mises en place en faveur de la position des législateurs et donc des propriétaires-bailleurs.

J’ai pas d’idée de conclusion : j’en ai juste marre de ce système injuste.

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