Le gazage en manif : se préparer et réagir

Avant de plonger dans le vif du sujet, un point sérieux : le gaz lacrymo, ce n’est pas anodin. On l’appelle “arme à létalité réduite”, mais ça ne veut pas dire “non-létal”. C’est juste moins létal que des balles réelles, au même titre que les tasers ou les balles en caoutchouc.

Si vous avez des problèmes respiratoires, franchement, évitez à tout prix de vous y exposer. C’est particulièrement nocif pour les personnes asthmatiques, mais aussi pour les personnes enceintes (des cas de fausses couches spontanées ont été rapportés).

Petit fait amusant : ce gaz est interdit en temps de guerre. Pas parce qu’il est trop dangereux en soi, mais parce qu’il est difficile de le distinguer d’autres gaz (genre sarin ou moutarde) sur le champ de bataille, ce qui pourrait entraîner une riposte disproportionnée. Pourtant, il est bien autorisé sur les populations civiles, en France ou aux US. Parce qu’on a pas de quoi riposter, et encore moins de façon disproportionnée, donc ça va.


1. La préparation

  • Le masque : Le point crucial, c’est la protection respiratoire. Oubliez les FFP2 ou FFP3, ils ne servent pas à grand-chose. Le gaz lacrymo, ce n’est pas vraiment un “gaz”, ce sont des particules en suspension, et ces particules sont généralement une oléorésine : un composé résineux et huileux, qui n’est pas bien filtré par les masques N95 et similaires. Il vous faut un masque à gaz qui filtre aussi ces particules, noté P100 si possible. Sinon, P95, R100, ou R95. Ces nombres signifient qu’ils filtrent 95 ou 100% des particules mais, là où les P sont résistants aux huiles de façon constante, les R ne le sont que pendant quelques heures.
  • Les yeux : Si votre masque couvre les yeux, vérifiez qu’il est anti-choc et qu’il ne se brise pas en éclats s’il éclate. Si le masque ne couvre que la respiration, il faut des lunettes. Idéalement, des lunettes de chimiste ou de peintre, bien étanches, sans aérations sur les côtés. Un conseil important : évitez les lentilles de contact. Les composés du gaz peuvent s’y déposer ou se glisser dessous si vous vous frotez les yeux.
  • Les vêtements : Portez des manches longues, et épaisses si la température le permet. Ça amortit les chocs (palets de lacrymo, balles en caoutchouc) et ça évite que les irritants ne se déposent sur votre peau.
  • L’eau : Prévoyez large. Emportez plusieurs litres d’eau et repérez les points d’eau autour de vous avant que ça commence.

2. Gérer les palets (les conteneurs)

Un mot sur les conteneurs de gaz.

  • Ils sont extrêmement chauds. Ne les touchez jamais à mains nues.
  • Si vous voulez pouvoir les manipuler, il faut des gants épais qui ne fondent pas (style gants de moto, de soudure, ou même des maniques de cuisine si vous allez vite).
  • Mais même avec des gants, évitez si possible : c’est brûlant et ça en met partout.
  • Si un palet atterrit près de vous, le mieux est de le neutraliser. On peut l’enfermer sous un seau (ceux de chantier en métal avec couvercle hermétique sont top), un pot de peinture, ou même un cône de signalisation.
  • Si vous ne pouvez pas le neutraliser mais que vous vous sentez de le renvoyer (en toute sécurité et en acceptant les risques), renvoyez-le d’où il vient. Pensez à vous étirer l’épaule et le coude avant et après la manif.

3. On se fait gazer : que faire ?

C’est parti, vous êtes dans le nuage. La merde commence, la panique aussi.

La réaction immédiate

D’abord, le but du gaz, c’est une torture physique et psychologique. C’est fait pour faire peur et disperser.

  • Le plus dur et le plus important : NE PANIQUEZ PAS. C’est facile à dire, mais une foule qui panique, c’est le risque de se faire marcher dessus et de créer des blessures graves.
  • Quittez la zone. Si possible, trouvez un point plus élevé. Comme ce sont des particules, elles ont tendance à retomber au sol plutôt qu’à monter.
  • Surtout, ne vous frottez pas le visage ou le corps.
  • Si vous portez des lentilles, retirez-les. Pensez aussi à nettoyer vos lunettes (de vue ou de protection).

Les premiers soins

  • Pour les yeux : Il faut de l’eau. Beaucoup d’eau. Oubliez l’idée qu’une ou deux pipettes de sérum physiologique suffisent. Quand vous avez du shampooing dans les yeux, vous ne rincez pas avec 10mL. Le gaz, c’est pire. Visez 1 à 2 litres d’eau par œil si vous le pouvez.
  • Point crucial pour les asthmatiques : Si vous utilisez des bronchodilatateurs (type Ventoline), NE LES PRENEZ PAS. Vous allez juste ouvrir grand vos voies respiratoires et permettre au gaz de rentrer encore plus profondément.

La décontamination (après)

Dès que vous le pouvez, déshabillez-vous. (Prévoyez un rechange dans un sac à dos, bien emballé dans un ou deux sacs-poubelle pour éviter la contamination).

Pour se nettoyer, il y a un ordre à respecter :

  1. Séchage à l’air : D’abord, en extérieur, éventez-vous ou mettez-vous devant un ventilateur (ou une sortie de clim) pendant quelques minutes, avant de vous nettoyer. Les particules collent à tout ce qui est humide.
  2. Essuyage à sec : Toujours devant cette ventilation, passez un linge sec ou de l’essuie-tout sur votre peau. Tamponnez sans trop étaler, en allant du corps vers les extrémités, jusqu’à être sec.
  3. La douche : Une fois sec, lavez-vous à l’eau froide ou tiède (pas trop) et au savon. Surtout, PAS D’EAU CHAUDE. L’eau chaude peut faire fondre et revaporiser les oléorésines qui contiennent les composés irritants. La vapeur va les faire remonter vers vos yeux, dans vos poumons, et en mettre partout dans votre douche et votre salle de bain. C’est une vraie merde après, croyez-moi.

Addendum : attention, la loi prévoit des peines pour quiconque porte une tenue visant à dissimuler son visage en public. Des exceptions existent pour motif légitime, cependant “me protéger du gaz en manif” n’est pas toujours retenu comme motif légitime parce que s’il y a gazage, il y a souvent également considération que vous faisiez des trucs qui rendent les flics pas trop jouasses.

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